Rapport d’impact 2025: Garder le cap
Dans notre Point de vue intitulé « L’heure est-elle venue de s’adapter? » que nous avons récemment publié1, nous soulignions l’importance croissante des mesures d’adaptation face à la recrudescence d’évènements météorologiques extrêmes et de plus en plus graves. À l’heure où les températures mondiales grimpent, de nombreux investisseurs sont naturellement attirés par les entreprises qui proposent des solutions aux défis climatiques. Mais il ne faut pas oublier ce vieil adage: mieux vaut prévenir que guérir. S’il est crucial de s’adapter, il est tout aussi indispensable d’atténuer les effets du changement climatique et de décarboner l’économie pour bâtir un avenir plus durable. Pour poursuivre notre série sur la manière dont adaptation et atténuation s’entrecroisent et œuvrent ensemble pour un monde plus durable, intéressons-nous à l’univers du refroidissement.
Nous avons connu de nouveaux records de température cet été, avec deux importantes vagues de chaleur à la mi-juin et de fin juin à début juillet. Ces phénomènes prouvent une nouvelle fois à quelle vitesse le réchauffement climatique progresse. Avec des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses, les systèmes de climatisation vont devenir une nécessité, surtout en Asie et dans d’autres régions émergentes particulièrement exposées. Il n’est guère surprenant que le premier ministre de Singapour, Lee Kuan Yew, ait qualifié la climatisation de plus grande invention du XXe siècle2. Le réchauffement climatique s’intensifiant, il sera de plus en plus vital de se rafraîchir, pour protéger notre santé comme pour assurer la résilience des chaînes d’approvisionnement de nourriture et de médicaments.
Mais si le refroidissement est indispensable à l’adaptation, il induit un grand défi, puisque les systèmes de climatisation émettent beaucoup de gaz à effet de serre, qui intensifient par ricochet le réchauffement climatique. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la climatisation représente actuellement près de 10 % de la demande d’électricité mondiale3. Un chiffre qui devrait fortement augmenter ces prochaines années, puisque les estimations tablent sur un triplement d’ici 2050.
Par ailleurs, la demande d’électricité dédiée pour le refroidissement connaît des pics colossaux en été. La demande de climatisation et l’ensoleillement étant fortement corrélés, les énergies renouvelables peuvent couvrir une partie de la demande supplémentaire. Mais les sources d’énergie plus «sales», comme le charbon et le gaz naturel, restent nécessaires, ce qui crée un cercle vicieux de réchauffement et d’émissions.
Le coût en amont d’un système de climatisation constitue lui aussi une difficulté. Dans les régions émergentes, les unités de refroidissement vieillissantes, souvent de seconde main ou neuves, mais à bas coût, affichant une faible efficacité énergétique dominent le marché. Elles emploient souvent des fluides frigorigènes hydrofluorocarbonés, car les coûts de production sont généralement plus faibles et la réglementation moins stricte dans les régions émergentes que dans les pays développés. Ces réfrigérants contiennent de puissants gaz à effet de serre, qui sont libérés dans l’atmosphère tout au long du cycle de vie de l’équipement, de sa fabrication jusqu’à son élimination. Cela accentue encore le réchauffement climatique induit par la climatisation.
Nous sommes convaincus qu’il est crucial de trouver des solutions plus efficaces pour résoudre ce dilemme. Il existe un vaste éventail de stratégies d’atténuation prometteuses et évolutives pour répondre à la demande croissante de climatisation, tout en limitant son impact sur l’environnement. Mais il est indispensable d’adopter une vue d’ensemble, afin d’optimiser l’intégralité du système.
À commercer par l’extérieur des bâtiments, où l’emploi accru des énergies renouvelables combiné à des investissements supplémentaires dans un réseau plus intelligent et résilient peut contribuer à réduire la dépendance aux énergies fossiles durant les pics de consommation. À l’intérieur des bâtiments, améliorer l’isolation permet de mieux réguler la température intérieure, et donc de réduire le recours à la climatisation. Les systèmes de stores intelligents et de ventilation directionnelle améliorent encore son rendement.
Pour gérer et limiter la demande d’électricité, il est aussi possible de mieux y répondre et d’utiliser plus intelligemment l’énergie, par exemple avec des systèmes de climatisation capables d’ajuster leur consommation d’énergie en temps réel, en fonction de l’état du réseau. Cela limite les surplus de production d’électricité durant les pics. La mise en place d’un tel système implique de combiner en amont des compteurs intelligents et des analyses de données en temps réel poussées.
Les unités de refroidissement doivent elles-mêmes bénéficier d’avancées technologiques qui améliorent le rendement énergétique des systèmes, qu’il s’agisse des unités réversibles, qui utilisent des compresseurs à vitesse variable pour ajuster dynamiquement la puissance de refroidissement, des systèmes zonés qui permettent de refroidir un endroit spécifique ou des systèmes de climatisation intelligents qui optimisent l’utilisation de l’énergie et s’adaptent aux conditions réelles.
Il est également crucial de remplacer les réfrigérants à fort potentiel de réchauffement planétaire par des alternatives plus durables. Dans ce domaine, il est notamment possible de recourir à des hydrocarbures comme le propane, adapté aux petites unités de climatisation, ou l’ammoniaque, pour des applications à plus grande échelle.
Voici trois exemples de prestataires qui proposent des solutions aux problématiques liées à la climatisation décrites ci-dessus:
Saint-Gobain fabrique des produits verriers, des matériaux de haute performance et une large gamme de matériaux de construction. Ses produits d’isolation pour les bâtiments, notamment les matériaux d’isolation des murs intérieurs et extérieurs et les fenêtres à double ou triple vitrage, peuvent contribuer à réduire la quantité d’énergie nécessaire au chauffage et au refroidissement.
Carrier fabrique des produits verriers, des matériaux de haute performance et une large gamme de matériaux de construction. Ses produits d’isolation pour les bâtiments, notamment les matériaux d’isolation des murs intérieurs et extérieurs et les fenêtres à double ou triple vitrage, peuvent contribuer à réduire la quantité d’énergie nécessaire au chauffage et au refroidissement.
Itron conçoit et entretient des compteurs intelligents principalement destinés aux services publics, qui permettent de recueillir, de communiquer et d’analyser des données concernant l’utilisation de l’électricité. Les compteurs intelligents combinés à des analyses de données en temps réel poussées peuvent aider les clients à réduire leurs coûts énergétiques et les services publics à équilibrer l’offre et la demande durant les pics de consommation.
Le besoin de se rafraîchir augmentera à mesure que les températures mondiales grimperont. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de notre planète. Nous sommes convaincus qu’en adoptant les technologies innovantes, en améliorant l’efficacité énergétique et en privilégiant des réfrigérants beaucoup moins nocifs, nous pouvons trouver un équilibre entre adaptation et atténuation. Ainsi, le refroidissement ne sera plus seulement un outil de survie, mais aussi un moyen de bâtir un monde plus durable. Et c’est aussi l’occasion pour les entreprises et les investisseurs de bénéficier de deux tendances à la fois: le besoin croissant de climatisation et la promotion d’un meilleur rendement énergétique.
1 https://am.vontobel.com/en/insights/time-to-adapt, Vontobel, avril 2025
2 https://edition.cnn.com/2023/06/09/asia/air-conditioning-singapore-climate-change-intl-hnk-dst, CNN World, juin 2023
3 https://www.iea.org/commentaries/keeping-cool-in-a-hotter-world-is-using-more-energy-making-efficiency-more-important-than-ever, AIE, juillet 2023