Présidentielles US – Incidences d’un second mandat de M. Trump pour les investisseurs

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En bref

  • Un second mandat de M. Trump à la présidence US aurait, selon nous, plus d’incidences sur les marchés que la réélection de M. Biden. Une réélection de Joe Biden devrait déboucher sur un statu quo.
  • In our opinion, Trump’s lingering popularity has a lot to do with social developments and Trump's status as the "enfant terrible” of the establishment as trust in state institutions has been declining for years and amid a growing gap between the rich and poor.
  • Mais les classes d’actifs sont influencées par des facteurs tels que le cycle économique mondial, qui à son tour est influencé par bien plus que le seul résultat des présidentielles US.

Les présidentielles américaines sont encore loin ; les électeurs de la première économie mondiale ne se rendront aux urnes que le 5 novembre 2024 . Mais un rapide coup d’œil du côté des principales agences de presse financières et sur les canaux de médias sociaux révèle que la campagne électorale bat déjà son plein.

Joe Biden et Donald Trump ont tous deux fait part de leurs doutes quant à l’aptitude de leur adversaire à exercer la fonction suprême. M. Trump, 77 ans, a qualifié M. Biden de « grossièrement incompétent », » , tandis que M. Biden, 81 ans, interrogé sur son âge avancé, a répondu : « Un des candidats est trop vieux et mentalement inapte pour être président...l’autre, c’est moi ».

Robert F. Kennedy Jr., fils du procureur général assassiné Robert Kennedy et descendant de l’une des dynasties politiques américaines les plus éminentes du pays, n’a pas encore perdu l’espoir d’accéder à l’un des postes les plus influents au monde.

Vouloir faire un pronostic sur l’identité du futur locataire de la Maison Blanche nous semble aussi utile que de jouer à pile ou face. Selon nous, cela ne rime à rien d’essayer de prédire le résultat des élections avec des calculs de probabilités. Mais avec des « et si ? » et en expérimentant des théories, on peut aider l’investisseur à se faire une idée.

Cet article se penche sur M. Trump plutôt que sur M. Biden. Non pas en raison d’une quelconque tendance politique de notre part ou d’une conviction que M. Trump a de meilleures chances de l’emporter. Mais plutôt parce que selon nous, un second mandat de M. Trump aurait bien plus d’incidences sur le marché qu’une réélection de M. Biden. Une réélection de Joe Biden devrait déboucher sur un statu quo.

Pourquoi nous pensons que la possibilité d’un second mandat de M. Trump doit être pris au sérieux

Le premier mandat de M. Trump (2017-2021) fut marqué par la guerre commerciale avec la Chine, la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien ou de celui de Paris sur le climat, les menaces de retrait d’alliances avec l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC) par exemple, les nombreux changements de personnel, les interdictions de territoire pour certaines populations, la construction du mur à la frontière américano-mexicaine, les procédures de destitution, les dossiers top-secret volés, les allégations de fraude électorale et la prise d’assaut du Capitole par des hommes armés. D’aucuns pourraient en penser que les obstacles à un second mandat sont élevés. Cependant, les sondages indiquent actuellement une course serrée. Et sa position n’est pas trop mal non plus dans les « swing states », qui sont farouchement disputés1. En outre, M. Trump a fini par faire mieux que ce que les sondages laissaient présager dans le passé.

Qu’est-ce qui plaide en faveur de M. Trump ?

Selon nous, le maintien de la popularité de M. Trump a beaucoup à voir avec son statut d’« enfant terrible » de l’establishment et avec l’évolution de la société. Il suffit de penser à la classe moyenne2, qui se sent de plus en plus laissée pour compte, alors que la mondialisation a profité à de nombreuses personnes à bas revenus qui ont à leur tour accédé à la classe moyenne, ainsi qu’à des pays en développement comme la Chine durant les dernières décennies. Dans les années 1990, la classe moyenne possédait environ 37 % de la richesse des ménages aux États-Unis. Au début du millénaire, ce chiffre est tombé à environ 30 %. Aujourd’hui, c’est un peu moins de 26 %, selon les données de la Fed.

De plus, la confiance dans les institutions se dégrade depuis des années. Selon un Sondage Gallup , la confiance dans la Cour suprême était à un peu moins de 60 % dans les années 1980. En 2023, elle n’était plus que de 27 %. Pire encore pour la confiance dans la presse (2023 : 18 %) ou le Congrès (2023 : 8 %).

Ces développements qui couvaient depuis longtemps se sont aggravés depuis le départ de M. Trump. L’une des raisons probables est le choc inflationniste, qui a fait passer en territoire négatif la croissance des salaires réels (corrigés de l’inflation donc) de nombreux Américains début 2021 (graph. 1).

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Autre atout dans la manche de M. Trump : l’impopularité de M. Biden. La cote de popularité d’un président est en général un bon indicateur de ses chances de réélection. Or, par le passé, l’opinion du public à l’égard du président dépendait surtout du bilan économique. Mais dernièrement, cette relation a changé : l’économie US est forte, le taux de chômage est à un niveau historiquement bas, et même la baisse de l’inflation (dont le terrain a été préparé avant l’entrée en fonction de M. Biden) a été significative. Et pourtant, la cote de popularité de M. Biden s’est effondrée. Alors que sa cote de popularité était de 53 % début 2021, elle est désormais à environ 40 %, selon le site appartenant à ABC News 270toWin. Sa popularité est donc encore plus faible que celle de M. Trump lors de son premier mandat.

De nombreux Américains ne font pas confiance à M. Biden pour régler les problèmes qui leur tiennent à cœur, selon une enquête d’ Ipops. À savoir les questions sociales telles que la criminalité ou l’immigration. Cette dernière a fortement augmenté depuis 2022 (en partie en raison de l’assouplissement des restrictions liées à la pandémie) et s’est intensifiée depuis. Rien qu’en décembre, les agents fédéraux ont repéré 10 000 personnes par jour franchissant la frontière sud des États-Unis, selon Bloomberg News .Voilà un terrain propice à l’émergence de slogans populistes. En outre, l’un des blocs d’électeurs les plus acquis aux démocrates semble avoir changé de cap. Selon une enquête New York Times/Siena réalisée en mars, les électeurs noirs soutiennent M. Trump à hauteur de 16 %, soit une augmentation de 10 points de pourcentage par rapport à 2020. Des électeurs hispaniques ont également rejoint M. Trump. Raisons possibles : la désillusion à l’égard de M. Biden et le fait que ces groupes en particulier soient ceux des revenus réels négatifs.

Qu’est-ce qui plaide en faveur de M. Biden ?

Les statistiques sont du côté de M. Biden. Historiquement, le président américain sortant est réélu dans 67 % des cas. Si le président sortant réussit à éviter une récession, cette probabilité passe à 80 %. Mais si l’économie entre en récession, cela pénalise le président sortant et le taux tombe à 44 % (graph. 2). Compte tenu de la vigueur du marché du travail, il semblerait à l’heure actuelle qu’une récession puisse être évitée avant les élections. Cela vaut tant pour les USA en général que pour les « swing states ».

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Ne perdez pas de vue les candidats indépendants

L’actualité est en ce moment dominée par M. Trump et M. Biden. Toutefois, les investisseurs doivent aussi se rappeler que d’autres candidats indépendants pourraient avoir un impact sur l’élection. Un sondage mené par la Quinnipiac University en avril a révélé que 20 % des électeurs choisiraient un candidat autre que M. Trump ou M. Biden s’ils avaient le choix entre cinq candidats au lieu de deux. Le candidat indépendant, Robert F. Kennedy Jr. a obtenu 13 % des voix. Cependant, la candidate du parti vert, Jill Stein, a aussi réussi à obtenir 4 %.

Et les Verts ont déjà mis des bâtons dans les roues des démocrates par le passé. Rappelez-vous en 2000, lorsque l’activiste Ralph Nader a empêché Al Gore d’accéder à la Maison Blanche, ou en 2016, lorsque Jill Stein a volé des voix à Hillary Clinton.

Qui remportera le Congrès ?

Autre question importante : qui remportera le Congrès ? Selon nous, deux scénarios possibles : soit une « vague rouge » (bénéfices importants pour les Républicains), soit une impasse. Une « vague bleue » nous semble moins probable.

Pourquoi ? Le Congrès est divisé entre le Sénat et la Chambre des représentants. Au Sénat, 28 sièges démocrates sont à renouveler cette année ; 23 sièges démocrates ne sont pas à renouveler et sont donc considérés comme « sécurisés ». La situation est différente pour les Républicains : seuls 11 sièges sont à renouveler, et 38 sont considérés comme « sécurisés ». Selon les sondages de FiveThirtyEight, les Républicains sont actuellement en tête. Dès lors, il est tout à fait possible que les Républicains gagnent des sièges et augmentent leur influence au Sénat. Pour ce qui est de la Chambre des représentants, le résultat de l’élection sera probablement déterminant. M. Trump aurait, selon nous, moins de contraintes que M. Biden en cas de victoire électorale : M. Biden ferait (probablement) face à un blocus en cas de victoire, M. Trump, lui, pourrait (probablement) travailler avec une majorité au Congrès.

Ce qui ne changera probablement pas, peu importe le président

Quel que soit le futur président, nous pensons qu’il y aura toujours du protectionnisme, des politiques contre la Chine, un réarmement et un haut niveau d’endettement national.

Protectionnisme

Tous ceux qui espéraient un peu moins d’« America first » et plus d’ouverture commerciale sous M. Biden ont été déçus ces dernières années. On dit de M. Biden qu’il mène une politique de « protectionnisme poli » : il poste moins de tweets rageurs que son prédécesseur, mais garde toujours à l’esprit les intérêts de l’Amérique. Sous l'administration de M. Biden, de nombreux tarifs douaniers imposés par M. Trump au nom de la sécurité nationale, ainsi que des restrictions volontaires négociées avec d'autres pays, sont demeurés en place. M. Biden semble partager l’avis de M. Trump selon lequel la protection de la sidérurgique américaine est une question de sécurité nationale. D’autres mesures sont aussi considérées comme protectionnistes. Par exemple, le « Chips and Science Act » promu par M. Biden, une loi qui prévoit des milliards d’investissements dans la fabrication de semi-conducteurs, la recherche et le développement, et vise à créer davantage d’emplois nationaux dans l’industrie manufacturière (graph. 3).

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Politiques contre la Chine

L’attitude américaine vis-à-vis de la deuxième économie mondiale ne devrait pas non plus beaucoup changer. Au fil des ans, Républicains comme Démocrates ont appris qu’une politique hostile à la Chine renforçait leur électorat.

WSi M. Trump se montre clairement hostile à la Chine (avec des sanctions via divers tarifs douaniers ou lorsqu’il affirmait que la Covid-19 était un « virus chinois », l’approche de M. Biden est plus subtile, mais non moins déterminée. Pour preuve, le nombre d’entreprises chinoises qui ont été placées sur la « liste des entités » dressée par les États-Unis au cours des dernières années (graph. 4)3.

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Réarmement

La tendance au réarmement militaire se poursuivra également. M. Trump a à plusieurs reprises réclamé une hausse des dépenses militaires et l’a aussi exigée des autres États membres de l' OTAN. En février, il a même annoncé qu’il ne soutiendrait pas les alliés de l’OTAN en cas d’urgence.

M. Biden milite aussi pour une hausse des dépenses militaires. En mars 2024, il a soumis une proposition de budget pour l’année fiscale 2025 comprenant un financement discrétionnaire de 850 mia. USD pour le département de la défense (+4,1 % par rapport à 2023).

La question de la dette 

La question de la dette (et les questions associées concernant la « viabilité » de la dette) est aussi susceptible de perdurer. A priori, que la dette publique ne cesse de croître n’a rien de nouveau. La dette publique, mesurée en % du produit intérieur brut (PIB), ne va que dans une seule direction depuis des années : vers le haut. Dans les années 1980, la dette nationale tournait encore autour des 30 % ; aujourd’hui, elle dépasse les 120 %. Ce qui pourrait bientôt poser problème, cependant, c’est le coût plus élevé du service de la dette, en raison de la hausse des taux d’intérêt. Ils n’ont jamais atteint un niveau aussi élevé depuis 40 ans.

 

Les promesses de campagne de M. Trump

Faire un résumé de toutes les promesses de campagne de M. Trump est assez ambitieux. Nous allons donc nous limiter à cinq domaines : la politique fiscale, la politique monétaire, la politique commerciale, la politique d’immigration et la politique étrangère.

Politique fiscale

La politique fiscale de M. Trump vise avant tout à réduire les impôts. Lors de son premier mandat, il avait déjà tenté de réduire l’impôt sur les sociétés de 35 % à 15 %. En fin de compte, le taux a atteint 21 %. Selon un article publié en septembre par le Washington Post, M. Trump et ses conseillers ont discuté de nouvelles baisses du taux d’imposition des sociétés, qui pourrait descendre jusqu’à 15 %. Les particuliers aussi peuvent espérer des baisses d’impôt sous M. Trump. Par le passé, ces baisses ont affaibli la discipline budgétaire aux USA. Le déficit budgétaire, déjà élevé, devrait continuer à se creuser.

M. Trump veut faire des économies ailleurs et, entre autres, mettre fin au financement par l’État de la radiodiffusion publique. L’aide extérieure, les subventions climatiques et les investissements dans les technologies durables devraient aussi être réduits (M. Trump considère par exemple que l’expansion des voitures électriques , entraînera des licenciements massifs dans l’industrie automobile US).

Politique monétaire

M. Trump a surtout pour cible le président de la Fed, M. Powell. M. Trump et M. Powell ont un passé commun mouvementé. M. Trump a nommé M. Powell (aussi républicain) à la présidence de la Fed en 2017, en saluant à l’époque sa sagesse et son expérience. Mais quand M. Powell a relevé les taux en 2018, il est tombé en disgrâce. M. Trump a qualifié M. Powell et la Fed de « nuls »" et a demandé le renvoi de M. Powell. En 2019, M. Trump a même tweeté En 2024, M. Trump a laissé entendre que M. Powell abaisserait les taux pour aider les démocrates et assurer le second mandat de M. Biden.

De notre point de vue, un renvoi de M. Powell serait difficile. Légalement, le président ne peut révoquer un membre du Conseil de la Fed (y compris M. Powell) que pour un « motif valable ». Le mécontentement à l’égard de la politique monétaire de la Fed n’est probablement pas un argument valable.

Mais M. Trump a déjà annoncé que s’il était élu président, il n’accorderait pas à M. Powell un second mandat (le mandat de quatre ans de M. Powell expire en 2026). Ensuite, même s’il peut tenter de nommer le président de la Fed de son choix, le Congrès devra donner son accord.

Politique commerciale

M. Trump continue de prôner une politique de « l’Amérique d’abord ». De grandes incertitudes sont donc à prévoir en matière de politique commerciale dans l’éventualité d’un second mandat de M. Trump.

Il a déjà annoncé des tarifs douaniers de 60 % sur les produits en provenance de Chine et de 10 % sur les produits en provenance d’autres pays s’il remporte l’élection. Le tarif douanier moyen actuel est de 3 %, ou de 19 % dans le cas de la Chine. Si M. Trump devait faire passer cette mesure, l’Union européenne, deuxième partenaire commercial des États-Unis, serait très affectée, au même titre que la Chine.

La restriction de la détention par la Chine d’infrastructures américaines (p. ex. dans les secteurs de l’énergie, des technologies, des télécommunications et des ressources) est aussi à l’ordre du jour. Il envisage aussi d’interdire les investissements des entreprises américaines en Chine et de repenser le rôle des États-Unis au sein d’organisations importantes telles que l’OMC.

Politique d’immigration

Ses projets pour l’immigration semblent tout aussi déterminés. Lors d’une récente collecte de fonds, M. Trump a déploré qu’aucun ressortissant de pays « agréables » (selon la définition de M. Trump : le Danemark, la Suisse et la Norvège) n’immigre aux États-Unis. À la place, a-t-il dit, nous devons composer avec des personnes d’autres pays. Mais l’immigration légale et les droits à la nationalité des bébés nés en Amérique devraient aussi être mis à l’épreuve..

Un durcissement de la politique d’immigration plairait aux électeurs populistes, mais pourrait avoir des effets négatifs sur le marché de l’emploi.

La forte immigration sous M. Biden a détendu le marché de l’emploi (graph. 5). Le marché a souffert un certain temps d’une demande de main-d’œuvre trop élevée et d’une offre de main-d’œuvre trop faible. Une baisse de l’immigration exacerberait la pénurie de main-d’œuvre et accentuerait la pression sur les salaires (et donc l’inflation).

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Politique étrangère

Outre la politique chinoise, les relations avec la Russie sont également à surveiller g. M. Trump semble entretenir de bonnes relations avec le président russe Vladimir Poutine. Si la déclaration de Trump selon laquelle il réglerait la guerre en Ukraine dans les 24 heures est peut-être un peu ambitieuse, il pourrait influencer la guerre, par exemple en coupant l'aide financière à l'Ukraine, comme l’a affirmé le Premier ministre hongrois Viktor Orban après avoir rencontré iM. Trump en mars dernier . Pour cela, il faudrait aussi convaincre un Congrès hostile à la Russie.

Selon nous, une résolution « forcée » de la guerre ne serait pas forcément pertinente pour le marché : si les prix du pétrole ont fortement augmenté après l’invasion de la Russie, ils ont chuté depuis fin 2022, donc la « prime de risque géopolitique » de la guerre entre la Russie et l’Ukraine n’est plus vraiment présente. Mais d’autres conflits (Israël-Hamas) font grimper le prix du pétrole.

La politique de M. Trump en Iran devrait avoir un plus grand impact sur le prix du pétrole. Pour M. Trump, le recours aux sanctions semble être le seul moyen d’empêcher l’Iran d’enrichir de l’uranium (pour la bombe nucléaire). L’Iran est l’un des plus grands producteurs de pétrole, classé 7e mondial en 2016 avec 4,4 millions de barils produits par jour. Après la sortie surprise de M. Trump de l’accord de non-prolifération « Plan d’action global commun» (PAGC) en mai 2018, le prix du pétrole a augmenté de 60 % en peu de temps. Selon les estimations, deux à quatre millions de barils de pétrole ont disparu (au moins temporairement) du marché mondial.

Dans le reste du Moyen-Orient, M. Trump a impressionné par ses talents diplomatiques. Les accords d’Abraham (2020), conclus par son administration, ont normalisé les relations diplomatiques entre Israël et des États arabes. Les signataires – Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn et Israël – ont réaffirmé leur volonté de renforcer la paix au Moyen-Orient. Les Émirats arabes unis et Israël ont aussi conclu un accord de paix. M. Trump a aussi entretenu de bonnes relations avec l’Arabie saoudite et l’important exportateur de gaz que représente le Qatar.

 

Ce qu’un Trump 2.0 impliquerait pour l’économie

Difficile de dire comment un second mandat de M. Trump affecterait les principales variables macroéconomiques.

Premièrement, aucune certitude que M. Trump puisse obtenir une majorité au Congrès. Deuxièmement, les Républicains peuvent ne pas être d’accord avec l’ensemble de ses propositions. Cela déterminera si (et comment) ses promesses de campagne seront mises en œuvre. Troisièmement, le contexte a changé : certaines promesses de campagne de M. Trump se traduiraient aujourd’hui par des tensions sur le marché de l’emploi. En d’autres termes, les risques inflationnistes sont plus importants qu’ils ne l’étaient pendant le premier mandat de Donald Trump. Mais le scénario suivant nous paraît envisageable :

Croissance

La croissance économique pourrait profiter d’un second mandat de M. Trump. Les baisses d’impôts qu’il a prévues devraient accroître le déficit budgétaire. Cela serait synonyme d’une relance budgétaire positive. La dérégulation voulue par M. Trump pourrait aussi accroître la productivité. Pour autant que le Congrès suive M. Trump, cela devrait soutenir l’économie américaine. À plus long terme, cependant, il y aurait aussi des effets négatifs sur la croissance. La croissance démographique devrait être plus faible si l’immigration baisse. Compte tenu des incertitudes commerciales accrues, les entreprises risquent aussi de moins investir. L’augmentation des tarifs douaniers et des prix qui en découlent pourrait aussi faire baisser la consommation.

Inflation 

Un second mandat de M. Trump serait largement réflationniste, avec un niveau de prix plus susceptible de rebondir dans le contexte d’une économie et d’une consommation privée plus fortes. Les raisons en seraient, d’une part, un déficit budgétaire vraisemblablement plus élevé et une relance positive de la demande, et, d’autre part, une immigration plus faible et le risque associé d’une autre pénurie sur le marché du travail (pression salariale plus élevée due à une offre de main-d’œuvre plus faible). Enfin, la hausse des tarifs douaniers serait aussi synonyme de hausse de l’inflation.

Un léger effet désinflationniste pourrait venir d’une baisse de l’immigration (moins d’immigrants, moins de demandes de logements, et donc moins de pression sur l’inflation des logements et des loyers).

Taux d’intérêt 

Entre 2017 et 2018 (soit pendant le premier mandat d’un M. Trump qui avait le contrôle total du Congrès), les taux d’intérêt (en l’occurrence, les rendements obligataires) avaient augmenté. Si M. Trump était élu, ces taux devraient encore augmenter en raison d’une croissance économique plus forte, d’une inflation plus élevée et d’un Congrès éventuellement contrôlé par les Républicains. Mais les incertitudes liées au commerce et la politique étrangère caractérisée par une pression maximale pourraient limiter le potentiel de hausse.

Dollar US

Selon nous, la combinaison d’une croissance plus forte, d’une inflation plus élevée et de l’incertitude commerciale recèle des risques à la hausse pour le dollar US. Mais la réaction de la Réserve fédérale serait cruciale à cet égard. Pour que le dollar s’apprécie, il faut que la banque centrale prenne des mesures contre l’inflation (c.-à-d. qu’elle augmente les taux d’intérêt). Si ce n’est pas le cas et qu’elle assiste sans rien faire à la hausse de l’inflation, il y a de fortes chances que cela pèse sur le dollar.

 

Ce qu’un Trump 2.0 impliquerait pour les marchés financiers

Il faut rappeler que les classes d’actifs sont également influencées par d’autres facteurs, tels que le cycle économique mondial, qui à son tour est influencé par bien plus que le seul résultat des élections.

Actions

Si l’on considère l’histoire comme un guide, les marchés boursiers ont souvent une évolution latérale à l’approche des élections. Peu étonnant : en effet, les campagnes électorales s’accompagnent en général d’une incertitude quant à l’évolution de la situation politique, et les investisseurs en actions n’aiment pas l’incertitude. Dès qu’un vainqueur est désigné, les marchés sont généralement à la hausse, même si le président sortant n’est pas réélu.

Une nouvelle baisse d’impôt aurait probablement un effet positif sur le bénéfice par action (graph. 6). En même temps, les investisseurs doivent se préparer à une grande volatilité sur le marché des actions (comme en 2019), en raison d’une politique plus imprévisible.

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Au sein de cette classe d’actifs, ce sont les actions des marchés développés qui devraient en bénéficier le plus. Bien que les actions suisses puissent aussi bénéficier d’une croissance économique positive, elles seraient plus à la peine dans un environnement de taux d’intérêt plus élevés. Certaines actions des marchés émergents pourraient subir des vents contraires dus à la guerre commerciale.

Obligations

Les obligations risquent de souffrir davantage d’un second mandat de M. Trump. Même si la classe d’actifs bénéficierait ainsi d’un dollar US plus fort, la combinaison croissance plus élevée, inflation plus forte et taux d’intérêt plus élevés aurait un impact négatif.

Dans un contexte économique plus fort, les actions semblent plus attrayantes que les obligations pour les investisseurs. Une hausse de l’inflation réduit le pouvoir d’achat des flux de trésorerie futurs d’une obligation. La hausse des taux d’intérêt fait perdre de la valeur aux obligations existantes.

Investissements alternatifs 

Si notre hypothèse réflationniste du second mandat Trump se confirme, les matières premières pourraient aussi en profiter. Une croissance économique plus forte devrait aussi profiter à la classe d’actifs cyclique. Même si l’or pourrait ainsi bénéficier temporairement d’une forte incertitude géopolitique, la hausse des taux d’intérêt et le renforcement du dollar US devraient peser sur le métal précieux (les taux d’intérêt réels et le dollar US évoluent généralement dans la direction opposée à celle de l’or).

 

 

 

 


1. Les « swing states » sont des États dans lesquels il n’y a pas de préférence claire pour un candidat avant l’élection américaine. Par le passé, les « swing states » ont souvent eu une influence sur le résultat des élections. En 2024, les swing states sont l’Arizona, le Nevada, la Géorgie, le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin.
2. Nous définissons la "classe moyenne" comme l'ensemble des ménages se situant entre le 20e et le 80e centile de revenu.
3. La « liste d’entités », établie par le gouvernement US, liste les personnes, entreprises et organisations étrangères qui présenteraient un risque pour la sécurité nationale et qui sont soumises à des restrictions d’export et à des exigences de licences pour l’exportation de certaines technologies et de certains biens.
 

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