Small & Mid Caps suisses: pas du tout marginales
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En bref
- Les petites et moyennes capitalisations suisses (Small & Mid Caps) sont typiquement cycliques. En règle générale, le rythme de l’économie mondiale conditionne leur performance. Actuellement, d’importants indicateurs avancés de l’économie européenne pointent vers une amélioration graduelle.
- Les petites et moyennes entreprises (PME) suisses exportent principalement vers l’Europe, où les conditions économiques semblent s’améliorer. Une inflation en reflux et des taux d’intérêt plus bas impliquent moins de pression au niveau des coûts.
- Actuellement, les valorisations des Small & Mid Caps suisses sont moins chères que leur moyenne historique et, selon nos estimations, le potentiel de croissance des bénéfices des PME à 12 mois est attractif.
- Notre contrôle discipliné de la qualité des entreprises, grâce aux recherches que nous effectuons directement auprès d'elles, a fait la preuve de son efficacité pour dénicher de vraies perles et en déduire une valeur ajoutée à long-terme.
Une plus-value de 701% sur un peu plus de deux décennies! Cette performance, le segment des valeurs secondaires de la Bourse suisse l’a réalisée depuis le début de l’année 2003 jusqu’à fin février 2025 (graphique 1). Au cours de cette période, le SPI Extra – l’indice mesurant la performance de l’ensemble des 185 valeurs secondaires cotées à la Bourse suisse, également appelées Small & Mid Caps compte tenu de leur petite à moyenne capitalisation boursière – a enregistré une hausse annuelle moyenne de pas moins de 9,9%. Il a ainsi surpassé le marché des actions suisse dans son ensemble, représenté par le Swiss Performance Index (SPI), dont la progression annuelle sur ces presque 22 années a été de 7,5%.
En revanche, sur les presque six et demie dernières années, entre fin septembre 2018 et fin février 2025, le SPI, avec un rendement annuel de 7,5%, a été plus de deux fois plus performant que le SPI Extra, avec 3,6%.
Pourquoi cette sous-performance depuis 2019 ?
La raison principale de cette faiblesse récente des petites et moyennes entreprises (PME) suisses est qu’elles dépendent généralement beaucoup plus du cycle économique et du rythme des exportations que les grandes entreprises. Les actions de ces dernières appartiennent au segment boursier des larges capitalisations, également connues sous le nom de blue chips, et dont les 20 plus grandes sont représentées dans le Swiss Market Index (SMI). Parmi celles-ci, les entreprises du secteur alimentaire et pharmaceutique telles que Nestlé ou Roche dominent. Comme leurs produits et services sont toujours nécessaires, ils résistent généralement bien aux ralentissements et aux crises économiques. Cela confère au marché suisse des actions dans son ensemble son caractère typiquement défensif.
Small & Mid Caps suisses: un caractère cyclique affirmé
C’est pourquoi, ces dernières années, les PME suisses du segment des valeurs secondaires ont davantage souffert de la succession des événements qui ont affecté la conjoncture mondiale. Parmi ces événements figurent la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, qui imposent mutuellement des droits de douane protecteurs sur les importations de marchandises depuis l’automne 2018; la pandémie qui a éclaté début 2020 et qui a entraîné des goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement et une hausse des prix; la guerre d’agression menée par la Russie en Ukraine depuis février 2022, qui a initialement catapulté les prix de l’énergie à la hausse et a notamment entraîné un ralentissement de l'économie en Allemagne; les hausses agressives des taux directeurs des banques centrales pour lutter contre une inflation anormalement élevée; et les diverses tensions géopolitiques – le tout sur fond de dissonances croissantes entre les grandes puissances.
Inversement, lorsque l’économie redémarre, la sensibilité cyclique des PME suisses leur confère un potentiel de rendement nettement plus élevé et, possiblement, un potentiel de rebond des cours de leurs actions plus rapide et bien plus élevé que l’ensemble des sociétés cotées à la Bourse suisse. Après la première correction de cours au début de la pandémie, par exemple, le SPI Extra a gagné plus de 55% entre mars 2020 et juin 2021, dépassant ainsi largement les 35% enregistrés par le SPI.
Sur un horizon d’investissement à long terme, les valeurs secondaires suisses offrent donc un potentiel de rendement bien supérieur à celui du marché des actions suisse dans son ensemble, et ce avec une volatilité moins marquée. Car la majorité des investisseurs dans ces actions typiquement moins liquides gardent la tête froide même en cas de fortes fluctuations de cours, convaincus de la qualité des entreprises sous-jacentes et faisant confiance à leurs dirigeants prévoyants.
L’évolution passée de l’indice mondial des directeurs d’achat (PMI) montre à quel point les petites et moyennes capitalisations suisses dépendent de l’économie mondiale (graphique 2). Lorsque cet indicateur avancé, utile pour évaluer l’état présent de l’économie, a baissé, les Small & Mid Caps suisses (SPI Extra) ont sous-performé le marché des actions suisse dans son ensemble (SPI). En revanche, une hausse du PMI a généralement précédé de peu une surperformance du SPI Extra par rapport au SPI. La forte corrélation visible dans le graphique, surtout avec les PMI européens, est aussi attribuable au fait que, par rapport au marché des actions suisse dans son ensemble, le segment des petites et moyennes capitalisations suisses comprend davantage d'entreprises du secteur industriel, qui ont donc plus de poids dans l'indice. De ce fait, le secteur industriel représente environ 28% du SPI Extra, contre seulement quelque 10% pour le SPI.
Allègement des coûts financiers et récupération des partenaires commerciaux
La Suisse a été épargnée d’une inflation trop prononcée au cours des dernières années, facilitant un assouplissement rapide de la politique monétaire. Ainsi, la Banque nationale suisse (BNS) a abaissé son taux directeur pour la première fois en mars 2024 afin de contrer la force du franc. Recherchée comme valeur refuge, la devise suisse s’est de nouveau renforcée en mai. En conséquence, la BNS a abaissé une seconde fois son taux directeur en juin afin de ne pas mettre en péril les exportations. Des taux d’intérêt plus bas réduisent les coûts de financement. Cela revêt une importance particulière pour les PME, dont le bilan est typiquement plus lourd en matière d’endettement, car elles disposent de moins de fonds propres que les grandes entreprises. Des taux d'intérêt plus bas permet également un financement plus favorable des futures acquisitions ou des investissements dans les activités organiques, ce qui pourrait dynamiser davantage le segment des petites et moyennes capitalisations suisses au cours des 12 à 18 prochains mois. Même si de nombreuses PME suisses ont réussi à commercer avec des pays émergents au cours des dix dernières années, leurs principaux partenaires commerciaux restent l’Europe, la Chine et les États-Unis. C’est pourquoi la santé de leur économie détermine en grande partie les perspectives des Small & Mid Caps suisses.
Dans la zone euro, l’inflation a continué de baisser l'année dernière. Par conséquent, la Banque centrale européenne a entamé son cycle de baisse des taux directeurs en juin 2024, ce qui redonne une marge de croissance à l’économie. De plus, la victoire de l'Union CDU/CSU lors des élections législatives anticipées en Allemagne en février 2025 pourrait donner une impulsion positive à l'économie du voisin du nord de la Suisse. Les indicateurs avancés signalent une stabilisation à un niveau bas depuis fin 2024. Cela laisse au moins une petite lueur d'espoir pour une lente amélioration au cours du second semestre de cette année, après le ralentissement persistant du produit intérieur brut (PIB) et l'effondrement des PMI à moins de 40. Un accord de paix ou un simple cessez-le-feu entre la Russie et l'Ukraine ferait probablement du bien à l'Europe dans son ensemble, car de nombreux consommateurs, surtout en Scandinavie, mais aussi dans une grande partie de l'Europe de l'Est, ont perdu confiance en raison de l'insécurité des trois dernières années et ont donc dépensé nettement moins d'argent.
Bien qu'encore fragile, l'économie en Chine s'est stabilisée après le fort ralentissement de 2023 et 2024. La plus grande incertitude provient actuellement des États-Unis, compte tenu de la menace de droits de douane punitifs brandie par le président américain Donald Trump. Pour de nombreuses PME suisses, il est donc extrêmement difficile de planifier. Si les importations de marchandises aux Etats-Unis sont soumises à des droits de douane de 25%, les entreprises suisses seront également touchées. Pourtant, au cours des 20 dernières années, de nombreuses petites entreprises suisses cotées en bourse ont considérablement développé leurs sites de production aux Etats-Unis, où elles sont désormais perçues comme des partenaires et des fournisseurs locaux. De plus, grâce à leur grand pouvoir d'innovation et de fixation des prix, de nombreuses entreprises suisses sont en position de force pour négocier (voir Viewpoint: Droits de douane américains sur les importations: un obstacle pour les entreprises suisses?).
Malgré les nombreuses incertitudes géopolitiques et macroéconomiques, nous nous attendons à ce que l'économie mondiale poursuive sa tendance haussière actuelle. Il en résulte normalement des impulsions positives pour les actions. Pour le segment des petites et moyennes capitalisations suisses, elles représentent, en raison de son caractère cyclique, un vent plus favorable que pour l’ensemble du marché helvétique, à la dimension plus défensive. À notre avis, ce n’est qu’une question de temps avant que ce courant ascendant ne prenne toute sa force et ne permette aux Small & Mid Caps suisses de retrouver leur dynamisme structurel. Avec un horizon d’investissement supérieur à un an, nous leur accordons un potentiel de rendement attractif, sur la base de nos estimations du potentiel de croissance des bénéfices des entreprises à 12 mois (graphique 3).
Valorisation actuelle plus favorable que la moyenne à long terme
Souvent, les entreprises suisses prospères du segment des valeurs secondaires sont évaluées à un prix élevé au sein de leur groupe de comparaison, car elles se développent plus rapidement et réalisent des marges bénéficiaires plus élevées. Ainsi, leurs actions se négocient généralement avec une bonne prime de valorisation, basée sur le ratio cours/bénéfice (PER) ou le ratio cours/valeur comptable (PBR). Parmi ces entreprises figurent notamment les titres du fabricant d’entraînements, de capteurs et de vannes Belimo, du producteur de produits chimiques spéciaux Ems-Chemie, du fournisseur de solutions de logistique et d’automatisation Interroll, du fabricant de chocolat Lindt & Sprüngli et du spécialiste des pompes à vide VAT.
Après la correction intervenue sur le marché des actions suisse en 2022 et parfois en 2023, le PER des petites et moyennes capitalisations suisses, basé sur nos estimations des bénéfices des entreprises pour 2025, s’élève actuellement à 20,9x. Cela représente une décote de -5% par rapport à la moyenne des 10 dernières années (graphique 4). Fin 2021, la prime était encore d’environ 35%.
Des valeurs injustement ignorées
De nombreuses PME suisses sont leaders sur leur marché mondial. Pourtant, sur le marché des actions, elles sont souvent éclipsées par des géants mondiaux comme Nestlé, Roche ou le groupe de produits de luxe Richemont. À tort, selon nous. En effet, tant au niveau de la comparaison des performances à long terme avec ces poids lourds du SPI que de leurs qualités propres, elles peuvent être considérées comme hautement attractives.
Être en tête du marché mondial exige une marque forte, une stratégie claire à long terme et une direction compétente. De nombreuses PME suisses que nous favorisons en disposent. Nombre d’entre elles se distinguent également par une capacité d’innovation impressionnante, un bilan solide avec un faible endettement et une culture d’entreprise exemplaire qui motive le personnel – se traduisant par une offre de produits et des services de qualité exceptionnelle, très appréciés dans le monde entier.
Grâce à cet ensemble de caractéristiques qualitatives, de nombreuses entreprises suisses à la capitalisation boursière initialement faible et issues de différents secteurs ont conquis le leadership mondial au cours des 30 dernières années: par exemple, Schindler Aufzüge AG, qui existe depuis 1874, Chocoladefabriken Lindt & Sprüngli AG, fondée en 1845, Chemie Holding Ems AG, créée en 1962, et Straumann Holding AG, qui a vu le jour en 1954 et aujourd’hui est spécialisée dans l’implantologie dentaire.
Au départ, la plupart des entreprises d’origine suisse exerçaient leur activité exclusivement sur leur marché domestique, ou au mieux dans les pays voisins. Leur succès grandissant les a encouragées à exporter globalement. Elles ont souvent non seulement établi une présence commerciale locale, mais également implanté leurs propres sites de production à proximité de leurs clients. Cette stratégie leur a été bénéfique pendant les interruptions des chaînes d’approvisionnement mondiales dues à la pandémie.
Désormais, de nombreuses entreprises des pays occidentaux industrialisés rapatrient près d’elles leur production délocalisée en Extrême-Orient. Cette tendance dite de «nearshoring» offre aux PME suisses également de bonnes opportunités de gagner de nouveaux clients et davantage de parts de marché, à condition qu’elles produisent à des coûts compétitifs.
Notre proximité aux entreprises nous permet d'obtenir plus d'informations
Tous ces éléments font des valeurs secondaires suisses un segment d’investissement intéressant à nos yeux. Pour notre maison d’investissement Vontobel, elles constituent en outre une niche intéressante. En effet, il ne reste que peu de prestataires «sell-side» dans le secteur de la recherche en actions sur les valeurs locales – activité, dont la rentabilité a fortement diminué au cours des deux dernières décennies – et ils fournissent encore moins de recherche sur les Small & Mid Caps suisses depuis l’entrée en vigueur de la législation plus stricte MiFID II (Markets in Financial Instruments Directive).
En revanche, les sociétés internationales de recherche en actions «sell-side» se concentrent principalement sur les valeurs suisses dont le volume de transactions est le plus important, à savoir les 20 titres du SMI. En moyenne, 25 analystes «sell-side» se consacrent actuellement à une société représentée dans le SMI, mais seulement deux analystes à une société représentée dans le SPI Extra. Il en résulte souvent des estimations de consensus imprécises pour les petites et moyennes capitalisations suisses, ce qui nuit à l’efficacité du marché, car les cours reflètent ce déficit en informations.
Combinaison gagnante: recherche interne et gestion active
En tant que société de gestion d’actifs internationale «buy-side», nous gérons activement nos portefeuilles sur la base de nos propres analyses fondamentales, modèles de valorisation et systèmes de risque au sein de Conviction Equities. Notre équipe, spécialisée dans les actions suisses, a en moyenne plus de 18 ans d’expérience en matière d’investissement. Trois d’entre nous ont autrefois été des analystes «sell-side». Au fil des ans, nous avons développé un solide réseau au sein de notre secteur.
Nous entretenons des contacts étroits avec les quelque 120 PME suisses que nous analysons en détail. Régulièrement, nous rencontrons des représentants de la direction de ces entreprises, tels que le CEO, le CFO ou les directeurs de division, pour des entretiens et visitons les sites de production sur place (voir Viewpoint: Visiter des entreprises – leur culture en dit long). Pour être toujours au fait des dernières innovations et de la concurrence, nous nous rendons également sur les salons spécialisés, lieux de rencontres de beaucoup d’entreprises du même secteur. Avec toutes les entreprises dans lesquelles nous investissons finalement, nous organisons en outre des téléconférences régulières consacrées à la gouvernance, auxquels participent des représentants des Conseils d’administration concernés, et notamment le plus souvent leur président.
Avec une fortune gérée activement d’environ 2,9 milliards de francs suisses dans les Small & Mid Caps suisses à la fin février 2025, nous faisons partie des leaders du marché en Suisse. La performance que notre équipe a généré sur ce segment sur le long terme atteste qu’une gestion active de portefeuille des valeurs secondaires suisses peut s’avérer très fructueuse, à condition qu’une analyse rigoureuse de la qualité des titres, préalable à leur sélection, ne soit jamais marginalisée.
Le contenu ci-dessus n’est pas le résultat d’une analyse financière. Il n’est donc pas soumis aux «Directives visant à garantir l’indépendance de l’analyse financière» de l’Association suisse des banquiers. Il est possible que Vontobel et/ou son conseil d’administration, ses cadres et ses collaborateurs détiennent ou aient détenu des intérêts ou des positions dans les titres mentionnés, ou aient négocié ou agi en qualité de courtiers pour ces titres. En outre, ces entités ou personnes ont pu réaliser des transactions pour des clients dans ces instruments ou fournir ou avoir fourni des services financiers d’entreprise ou autres services aux sociétés concernées. Bien que Vontobel soit d’avis que les informations ci-dessus s’appuient sur des sources fiables, Vontobel décline toute responsabilité quant à la qualité, l’exactitude, l’actualité et l’exhaustivité desdites informations.